Dix-neuf jours. C'est ce qui sépare le dimanche de la finale de l'EURO 2008 à Vienne de la reprise du championnat de Super League. C'est un peu court. Deux ans. C'est ce qu'il va falloir attendre
avant la prochaine Coupe du monde. C'est un peu long.
Le rôle des programmes de match distribués à l'entrée des stades suisses, pour cette rentrée de juillet, sera plus important que jamais. Les comités, les présidents et les responsables
techniques de club auront la lourde tâche de mettre en garde les spectateurs, que ce qu'ils ont vu à la télé durant le mois de juin, c'est bel et bien terminé.
Le retour à la réalité du championant suisse risque d'être plutôt saumâtre. On s'habitue vite aux contrôles réussis, aux diagonales qui tombent dans les pieds du coéquipier, aux passes précises,
dans la course du partenaire qui démarre ou aux tirs cadrés. Passer d'une demi-finale Allemagne - Turquie éblouissante à un duel Lucerne - Vaduz équivaut à s'enfiler une bonne cuillère à
soupe de vinaigre bon marché après s'être délecté d'un Château d'Yquem millésimé. Personne ne s'en réjouit, mais c'est comme ça tous les deux ans.
De fait, les compétitions internationales comme l'EURO ou la Coupe du monde existent pour rappeler aux supporters suisses que le football ce n'est pas seulement des équipes
ronronnantes, constituées de tâcherons malhabiles et appliqués qui se battent pour déterminer qui est le moins mauvais. C'est aussi du plaisir, des gestes techniques incroyables,
des actions fulgurantes sorties de manuels et des parades extraordinaires. C'est le frisson d'un stade plein qui chavire dans la joie ou la tristesse, qui se laisse aller à ses émotions, qui vit
le football. Cela n'arrive en Suisse que lorsque Sion est en finale de la Coupe, pour ce qui est des émotions seulement.
De savoir ensuite si ces grands rendez-vous continentaux ou planétaires représentent une récompense pour les fans après avoir subi deux saisons de Super League, ou s'ils sont des cadeaux
d'encouragement pour les deux ans à venir, la question reste posée. Dans les deux cas, les tournois internationaux sont souvent des bouffées d'oxygène pour les amoureux du beau jeu.
Bien sûr, il y a eu France-Roumanie. Il y a aussi eu, dans cet EURO, des quarts de finale ou l'on s'est ennuyé comme un rat mort jusqu'à la der des der, mais au moins, l'adrénaline de
l'élimination directe joue son rôle et sauve ce genre de parties. Au contraire, lorsqu'une équipe de Super League traverse le pays pour aller chercher un point en ne jouant pas, devant moins
de 3000 personnes, où est l'adrénaline?
Il va donc falloir tourner la page. Le 18 juillet, les milliers de fans hollandais seront rentrés chez eux, Arshavin aura signé en Angleterre et l'Allemagne aura peut-être accroché un titre
de plus à son palmarès. Les étoiles européennes laisseront alors la place aux Bürki, Vanczak et autres Huggel, et les inconditionnels reprendront, sûrement par habitude, leurs
places dans les travées de stades trop grands en attendant impatiemment l'Afrique du Sud. Putain, deux ans...
Par Kevin Bärtschi
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